Le mois dernier, un dirigeant d'une entreprise de quarante personnes m'envoie un message. Ils ont un SaaS qui tourne, avec un prestataire dev qui livre quand il peut. Sa question : "Il me dit qu'il faut tout refaire en microservices et de migrer sur AWS face à la charge qui augmente. C'est 180K€. Je ne sais pas si c'est le bon choix ou s'il y a d'autres solutions. Je n'ai personne pour me le dire clairement."

Il n'a pas besoin d'un DSI. Il n'a pas besoin d'un consultant qui fait des slides. Il a besoin d'analyse technique opérationnelle. Quelqu'un qui architecture, qui pilote, qui code et qui livre. Quelqu'un qui peut lui dire en trois jours si cette migration a du sens ou si c'est un gouffre.

Ce profil existe. Il s'appelle CTO externalisé. Et je suis convaincu que c'est un chaînon manquant dans les habitudes françaises.

DSI et CTO : deux métiers qu'on confond trop souvent

C'est la confusion la plus fréquente que je rencontre. "On a quelqu'un pour l'informatique, donc la tech est couverte." Non. Pas du tout.

Le DSI pilote le système d'information, gère les budgets IT, recrute et encadre le service technique, négocie les contrats fournisseurs, assure la continuité de service, déploie les politiques de sécurité, supervise le support utilisateur. Et a encore bien d'autres fonctions selon l'activité et l'organisation de l'entreprise. C'est de la gouvernance — et c'est indispensable.

Le CTO construit — architecture les produits, choisit les stacks techniques, met en place les pipelines de déploiement, recrute et encadre les développeurs, code quand c'est nécessaire. C'est du delivery technique. Un métier complètement différent.

DSICTO
PérimètreGouvernance SI, budgets, recrutement tech, fournisseurs, supportArchitecture, code, DevOps, delivery, recrutement dev, choix stack
PosturePilote et gouverneConstruit et livre
Compétences clésGestion de projets, négociation fournisseurs, RH, conformitéProgrammation, architecture logicielle, DevOps, recrutement technique
Rapport au codeNe code pas (et ce n'est pas son rôle)Met les mains dans le moteur
HorizonContinuité et optimisation du SI existantConstruction et évolution du produit

Dans les grandes entreprises, les deux rôles coexistent naturellement. Le DSI gouverne le SI, le CTO construit le produit. Chacun son métier, chacun sa valeur.

Mais dans les PME et les ETI ? On n'a souvent qu'un seul des deux — quand on en a un. Et pour votre DSI qui lit cet article : le CTO, ce n'est pas une menace — c'est le profil qui manque dans l'équipe.

Le trou dans la raquette technique

60 % des PME françaises ayant cherché à recruter ont rencontré des difficultés, et un tiers des dirigeants ont dû restreindre leur activité faute de candidats 1. Le secteur numérique a perdu 7 500 emplois nets en 2024, et le marché peine à retrouver son souffle malgré un rebond attendu en 2026 2. 47 % des entreprises prévoient de recruter en cybersécurité au premier semestre 2026, et les candidats qualifiés manquent à l'appel sur toute la chaîne technique — DevOps, cloud, data, développement 4.

Pour les PME et ETI qui ont un DSI, le constat est souvent le même : entre la renégociation des contrats, le support utilisateur et la gestion des fournisseurs, impossible de dégager du temps pour piloter une refonte d'architecture ou évaluer un outil d'IA. Il manque un builder.

Pour celles qui n'ont pas de DSI, c'est encore plus simple : il n'y a personne. Les décisions tech sont prises par le dirigeant sur la base de ce que lui raconte son prestataire. J'ai vu ça dans des PME de 20 personnes comme dans des ETI de 300. Sauf que le prestataire recommande ce qu'il sait faire, pas ce dont l'entreprise a besoin.

Mais est-ce qu'il faut recruter un CTO pour autant ?

Pas besoin d'un CTO à plein temps — mais à certains moments, c'est indispensable

Soyons honnêtes. Un poste de CTO en CDI, c'est entre 80 000€ et 120 000€ brut annuel selon l'expérience et la localisation — sans compter les charges ni les six à douze mois de recrutement 10. Et pour une PME de 40 personnes, il n'y a pas forcément de quoi justifier ce poste à temps plein.

Pourtant, il y a des moments où l'absence de CTO coûte beaucoup plus cher que sa présence. Une migration à 180K€ à valider ou refuser. Un recrutement dev où personne en interne n'a les compétences pour évaluer les candidats. Une architecture qui craque sous la charge. Un prestataire qui livre n'importe quoi sans personne pour contrôler. Un agent IA à évaluer parmi 200 offres commerciales.

Ces moments-là, il faut un CTO. Pas six mois plus tard quand le CDI est enfin recruté. Maintenant.

C'est exactement là qu'intervient le CTO externalisé — ou fractional CTO comme on dit outre-Atlantique. Pas un DSI au rabais. Pas un consultant qui fait des slides. Un builder, présent quand le projet l'exige, absent quand l'entreprise tourne toute seule.

Le modèle s'est imposé aux États-Unis et au Royaume-Uni. Selon Harvard Business Review, plus de 110 000 professionnels se déclarent "fractional leaders" sur LinkedIn début 2024, contre 2 000 en 2022 6. En France, on en est aux débuts. C'est précisément ici que Smart CTO se place.

Concrètement, voilà ce que ça veut dire dans mes missions :

Architecture technique. Choisir la bonne stack, dessiner les briques, poser les fondations pour que le produit tienne la charge dans deux ans — pas juste aujourd'hui. La semaine dernière c'était une migration monolithe vers des services découplés. La semaine d'avant, le choix entre Nuxt et Next pour une plateforme e-commerce. Chaque contexte est différent, et c'est exactement pour ça qu'un regard multi-projet a de la valeur.

Pilotage d'équipes techniques. Structurer une roadmap, prioriser les sprints, faire les revues de code, débloquer les développeurs quand ils sont coincés. Beaucoup de PME et d'ETI ont des devs compétents mais pas de lead technique. Le CTO externalisé remplit ce rôle sans l'overhead d'un recrutement CDI.

DevOps et infrastructure. CI/CD, monitoring, gestion des serveurs, automatisation des déploiements. J'ai posé des dizaine de pipelines GitLab CI, Github actions ou ArgoCD sur Kubernetes. Quand le serveur de prod tombe un vendredi soir, il faut quelqu'un qui sait lire des logs et prendre des décisions. Pas quelqu'un qui ouvre un ticket chez l'hébergeur.

Aide au recrutement. Rédiger les fiches de poste techniques, conduire les entretiens techniques, évaluer les tests de code. Comment juger la qualité d'un candidat back-end quand on ne sait pas ce qu'est une API REST ? Le CTO externalisé apporte le regard technique qui manque dans la boucle de recrutement.

Développement. Oui, je code. Pas comme un prestataire de développement — comme un architecte qui met les mains dans le moteur quand c'est nécessaire. Prototyper un agent IA, écrire le module critique que personne dans l'équipe ne maîtrise, poser les bases d'une API propre. Le code, c'est ce qui sépare le CTO externalisé du consultant.

L'année dernière, j'ai travaillé avec le DSI d'une PME industrielle de 80 personnes. Quelqu'un de compétent, de sérieux — mais qui croulait sous la charge. Entre la renégociation des contrats de services, le support utilisateur et la gestion des fournisseurs, physiquement pas le temps de piloter la refonte de l'architecture applicative. On m'a appelé en renfort. En trois mois, l'architecture était posée, les deux premiers développeurs recrutés, la CI/CD en place. Le DSI a repris la gouvernance du projet. Chacun son métier.

Et il y a un avantage que même un CTO interne n'a pas toujours : la vision multi-contexte. J'ai travaillé sur plus de quinze projets dans des secteurs différents — tourisme, SaaS, industrie, e-commerce. Chaque projet m'apprend quelque chose que je réinvestis dans le suivant. Un CTO interne qui a passé cinq ans sur le même produit le connaît par coeur, certes — mais ne posera pas forcément les bonnes questions sur un problème jamais rencontré.

Pourquoi 2026 change tout

Quatre forces convergent en ce moment, et elles rendent le CTO externalisé non plus optionnel, mais incontournable.

La pénurie tech atteint un niveau critique. Les compétences les plus rares en 2026 ? Architecture, DevOps, IA, cybersécurité, cloud — exactement celles dont chaque PME et ETI a besoin 4. Le marché du numérique français, malgré ses 71,2 milliards d'euros et 670 000 emplois, reste sous tension avec une croissance attendue de seulement 4,3 % 2. Le vivier de talents ne grandit pas assez vite pour répondre à la demande.

La complexité technique a explosé. Il y a cinq ans, une PME avait besoin d'un site web et d'un CRM. Aujourd'hui, même une ETI avec un DSI en place découvre qu'il lui manque quelqu'un pour piloter la refonte d'un module métier ou évaluer un outil IA. Elle gère une app, une API, trois intégrations SaaS, du cloud, de la CI/CD, de la data et bientôt un agent IA. La stack moyenne d'une PME en 2026, c'est dix fois ce qu'elle était en 2018. Et chaque brique mal choisie crée de la dette technique qui coûtera plus cher à corriger qu'à bien faire dès le départ.

L'IA a créé un brouillard opaque. Chaque dirigeant de PME ou d'ETI a entendu parler d'IA 200 fois cette année. Les vendeurs de solutions défilent. Mais combien ont un agent en production ? Quand bien même, combien ont mesuré le ROI de cet agent ? Il faut quelqu'un de technique pour trier le signal du bruit. Pas un consultant qui fait des slides — un builder qui fait tourner du code. Le baromètre France Num confirme : 85 % des PME voient le numérique comme un atout, mais 39 % seulement s'appuient sur un prestataire externe pour leurs projets numériques 7. Il y a un fossé entre la prise de conscience et le passage à l'acte.

La réglementation rattrape tout le monde. La directive NIS2, transposée en France via le projet de loi "résilience" 3, va imposer un pilotage technique et cyber à plus de 15 000 entreprises. 76 % des TPE-PME n'ont aucune procédure de réaction en cas d'incident cyber 5, et la CNIL a recensé 5 629 violations de données en 2024 9. C'est un accélérateur — pas le seul moteur. Avec mon frère Benoît, on a construit Galey Labs pour les missions qui mêlent build et sécurité : je construis, il audite et durcit. Mais la cyber n'est qu'une des facettes du rôle.

Arrêtez d'acheter des jours

J'ai facturé au TJM pendant un certains temps. De 550€ à 950€ la journée. Mes clients payaient, mais ils ne savaient jamais combien le mois allait leur coûter. Et surtout combien le projet total allait leur coûter. "On verra en fonction du besoin." Le besoin, c'est toujours plus quand on le prévoit pas. Et le budget, c'est toujours moins s'il n'est pas définit dès le début. Il y a deux ans, j'ai commencer à mensualiser au forfait, pour des missions en régie. Mes clients y voyaient plus clair dans leur budget mais c'est moi qui devait presque tout le temps dépasser ces forfaits quand le contexte était flou.

Maintenant, je clarifie dès le début selon les objectifs de chaque mission. Plus de grand écart d'un côté ou de l'autre, chacun y trouve son compte.

Le marché français du conseil technique freelance fonctionne encore principalement au TJM. Selon l'étude Morgan Philips Freelance relayée par le BlogDuModérateur, les tarifs d'un profil expert se situent entre 950€ et 1 500€ HT par jour en Île-de-France 8. Certains affichent leurs prix, d'autres non. Mais dans tous les cas, c'est le même problème : quand on dirige une entreprise sans bagage technique, on ne sait pas combien de jours on a besoin. Et rarement le prestataire non plus d'ailleurs.

Le TJM crée de l'incertitude côté client. Et l'incertitude budgétaire, quand on dirige une PME, c'est un frein à la décision.

J'ai compris que certains clients ne voulaient pas acheter des jours. Ils voulaient juste dormir tranquilles. Ils voulaient savoir : "Voilà ce que ça coûte, voilà ce que j'obtiens, voilà quand c'est fini."

C'est pour ça que j'ai structuré trois packs chez Smart CTO, selon les besoins les plus courants :

Le Diagnostic. Mission ponctuelle de deux à cinq jours. Audit d'architecture, évaluation des prestataires, roadmap priorisée, recommandations actionnables. Pour les PME et ETI qui veulent y voir clair avant de s'engager.

Le Pilotage. Forfait mensuel, deux à quatre jours par mois. Architecture, pilotage d'équipe dev, aide au recrutement technique, revue de code, supervision des prestataires. Pour les entreprises en construction ou en croissance qui ont besoin d'un CTO sans le recruter.

La Transformation. Mission projet de trois à six mois, sur base forfaitaire. Refonte d'architecture, mise en place DevOps, migration cloud, développement du socle technique, recrutement de l'équipe, transfert de compétences. Pour les entreprises qui ont un virage technique à prendre.

On pourrait ajouter aussi Le produit. Chiffré au forfait. Lorsque la définition d'une mission ou d'un logiciel est complètement connue à l'avance. Ça m'arrive encore de voir un cahier des charges complet. C'est devenu assez rare à l'heure de l'agilité. Si c'est votre cas, je suis totalement ouvert à chiffrer votre projet. C'est plutôt réservé aux MVP et projets bien délimités.

Grille des 3 packs SmartCTO

DiagnosticPilotageTransformation
Pour quiPME ou ETI qui veut y voir clairEntreprise en construction ou croissanceEntreprise qui a un virage technique à prendre
EngagementMission ponctuelle (2-5 jours)Forfait mensuel (2-5 jours/mois)Mission projet (3-6 mois), base forfaitaire
InclusAudit d'architecture, évaluation prestataires, roadmap priorisée, recommandations actionnablesArchitecture, roadmap, pilotage équipe dev, aide recrutement, revue de code, supervision prestatairesArchitecture cible, mise en place DevOps, delivery, développement socle, recrutement, transfert de compétences
Non inclusImplémentation, recrutement, accompagnement continuDéveloppement quotidien, gestion SI, support utilisateurGouvernance SI long terme, licences et hébergement
Fourchette2 500 - 6 000€2 000 - 5 000€/moisSur devis (base forfaitaire)

Ce qui est inclus est écrit noir sur blanc. Ce qui ne l'est pas aussi. Pas de mauvaise surprise, pas de "on ajustera en fonction".

Honnêtement, je ne prétends pas que ce modèle fonctionne pour tout le monde. Certaines missions nécessitent toujours un forfait en régie jour ou un CTO à plein temps. D'autres se règlent en une journée de conseil. Mais pour la majorité des entreprises que j'accompagne, un forfait mensuel ou un forfait sur un projet bien défini est la clé d'un bon partenariat.

5 signes qu'il est temps d'appeler un CTO externalisé

Comment savoir si votre entreprise en a besoin ? Voici les cinq signes que je retrouve systématiquement chez mes clients avant qu'ils m'appellent.

Vous prenez des décisions techniques sans comprendre les options. Votre prestataire vous propose une "refonte en microservices" et vous dites oui parce que ça semble moderne. Personne en interne n'a challengé cette recommandation. Vous ne savez pas si votre stack actuelle est le problème ou si c'est juste mal configuré. C'est une mission Diagnostic.

Votre roadmap est dictée par l'urgence plutôt que par la stratégie. Les bugs s'empilent, les features attendent, et chaque semaine c'est un nouveau feu à éteindre. Il n'y a pas de vision technique à six mois. C'est une mission Pilotage : structurer la roadmap, prioriser et donner un cap à l'équipe.

Vos prestataires dev n'ont personne à qui rendre des comptes. Ils livrent quand ils veulent, la qualité varie, et vous n'avez pas les compétences pour vérifier. Pas de revue de code, pas de tests automatisés, pas de pipeline de déploiement. Un CTO externalisé devient l'interlocuteur technique qui challenge les livrables et met en place les pratiques d'ingénierie.

Votre infra tient avec du scotch et des prières. Pas de CI/CD, des déploiements manuels le vendredi soir, pas de monitoring, des sauvegardes qui n'ont jamais été testées. Le jour où ça tombe — et ça tombera — personne ne sait relancer la machine. C'est une mission Transformation : poser les fondations DevOps et rendre l'infrastructure fiable.

Vous avez entendu "IA" 200 fois cette année et vous n'avez toujours aucun agent en production. Beaucoup de promesses, zéro livrable. Un CTO externalisé qui construit des agents IA au quotidien — c'est mon cas avec Smart CRO — peut séparer le réalisable du marketing en une semaine.

Si vous vous reconnaissez dans deux de ces cas, ce n'est pas un hasard.


Ai-je besoin d'un CTO externalisé ?

1 minute. Cinq questions. Une orientation claire.

1. Quand une décision technique importante se présente, comment ça se passe ?

2. Votre roadmap technique sur les 6 prochains mois est :

3. Vos prestataires techniques (agence, freelances, ESN) :

4. Face aux obligations réglementaires tech (NIS2, RGPD, AI Act) :

5. Concernant l'IA dans votre entreprise :

Répondez aux 5 questions pour voir votre résultat.